28 ans, retour à la fac. Méditations.

 

Hello peuple de la terre d’internet.

Comme d’hab, j’ai mis moultes mois à me décider à pondre mes pensées. Mais le temps me manquait. Car ma vie a pris un tout nouveau tournant…

Non je n’suis pas enceinte, non je n’me marie pas, non je n’ai pas décroché un CDI (j’en ai déjà un à temps partiel, c’est déjà bien assez – mais pas un VRAI boulot hein faut pas déconner), et non je n’ai pas arrêté de fumer (en fait j’ai juste jamais commencé).

Non. Simplement, après tous ces mois à remuer le ciel et ta mère pour savoir comment allait se manifester cette envie profonde en moi de contribuer à un mieux-être de la terre et des êtres qui y habitent (oui même s’ils le méritent pas tous ces petits fils de mécréants!), j’ai enfin trouvé la clé de voûte de mon avenir pro. Mais cela n’était pas vraiment le sujet du billet d’aujourd’hui, je me garderai de vous en parler davantage.

Sachez simplement que, pour parvenir à cette dite clé de voûte, il m’a fallu cette année, et pour une année seulement (dieu bénisse), réintégrer mesdames et messieurs : l’université.

Et je trouve que ce choix, bah c’est aussi une merveilleuse opportunité qui m’est donnée. Car la fac, j’en ai déjà fait… 6 longues années merci bien ! De ma sortie du bac non stop jusqu’à mes 24 ans. Et j’ai toujours adoré ça. Je passerais ma vie à apprendre si je le pouvais… (apparemment c’est bien parti pour). Et donc cette fabuleuse opportunité dont je parle, c’est celle de revivre quelque chose que l’on a déjà vécu, dans des conditions similaires, mais en ayant 10 ans de plus.

J’ai aujourd’hui 28 ans et demi, et je suis en licence 1 de Musicologie à Paris.

Et, j’ai la chance merveilleuse de vivre exactement la même chose qu’il y a donc 10 ans, mais en ayant pris 10 ans d’expé dans la face. Et bien… Jusqu’ici, y’a déjà pas mal de choses à dire.

C’est fascinant comme prendre de la distance sur les choses permet une vue d’ensemble bien plus élaborée, affinée, objective aussi !

Par exemple déjà, seulement deux semaines séparent cette ligne de la dixième ligne au dessus là-haut, celle où je disais que je passerais ma vie à apprendre si je pouvais… EH BIEN… A voir 😀 Parce que je sais pas si c’est l’âge (aïe! accent circonflexe pardon, l’habitude), mais j’ai l’impression à la fin de chacune de mes journées que mon cerveau est enflé, comme si l’on essayait de lui insérer en perfusion, avec une paille ou je n’sais quoi toutes ces nouvelles notions. Sauf que les notions qui sont déjà dedans crient « OH LA ON POUSSE PAS LAAA ! VOYEZ PAS QU’Y’A PLUS D’PLACE ! C’EST PAS VRAI CA ! », savez comme les bourgeois ronchons du 16ème à Paris dans le métro. Pareil. Alors est-ce que c’est parce que cette fois-ci je suis plus assidue et attentive que jamais car je sais où je vais et pourquoi j’y vais… Peut-être ! Ou est-ce parce que j’ai presque totalement arrêté le café et que je suis moins alerte et mue par les palpitations que jadis… Grande question. 

Et là, 2 mois séparent les lignes que vous venez de lire à ce nouveau paragraphe. Mais osef continuons, mes avis n’ont pas changés : je suis toujours enchantée ! Reprenons un petit peu ma liste de constatations.

Recommençant la fac, en première année qui plus est, je retrouve un tas de choses paraissant insignifiantes mais qui font que l’école, c’est cool. Vous savez, tous ces p’tits trucs… Les fous-rires pas contenables quand le prof veut du silence, les bonnes notes qui font plaisir, la joie de retrouver une telle à tel cours pour lui raconter la dernière connerie en date, l’enthousiasme d’apprendre à propos de choses dont on avait toujours entendu parler mais qu’on avait jamais pigé avant… Et puis ce contact jouissif aux fournitures scolaires, on en parle ?! Au papier, au crayon, à la gomme, au stylo 4 couleurs et son clic frénétique, au critérium dont il faut scrupuleusement gérer la taille externe de la mine sans quoi elle se brise dès la première pression, à l’odeur des livres voyageurs de la BU… Je m’étais jamais vraiment rendue compte de tout ça avant, parce que j’ai toujours été une angoissée des études. Là où la plupart de mes potes disaient toujours qu’ils étaient super contents de reprendre les cours après les vacances pour tous se retrouver, moi je savait bien que ma déprime de reprendre serait bien plus intense que ma joie de les revoir. Parce que je savais qu’il fallait bosser, et la peur de l’échec me rongeait. Or désormais, pour la première fois de ma vie, j’étudie quelque chose qui vraiment me passionne, avec une équipe d’enseignants passionnés eux aussi. Ce sont pour pas mal d’entre eux des artistes et musiciens qui ont choisi cette branche « par défaut » parce que leur coeur les menait là, et on ressent dans leurs discours toute l’exaltation d’avoir réussi dans une voie dont on vous a trop longtemps rabâché (décidément !) que vous feriez mieux de pas la prendre si vous voulez avoir un jour une « vraie » carrière.

Bon, certes, je suis en musique. Et je crois ne pas trop m’avancer quand je dis que le type de gens que l’on rencontre dépend tout de même pas mal du cursus dans lequel on se trouve.

Je me rappelle que lorsque j’étais entrée en psycho y’a 10 ans (mon dieu comme j’me sens vieille…), bisounours invétéré que je suis, je m’étais attendue à trouver un tas de gens ouverts d’esprits, et ouverts tout court, aux personnalités variées, contrastées, d’origines et cultures différentes, qui avaient pour passion commune l’être humain. Quelle ne fut pas ma déception lors de mes premiers instants dans l’amphi 1 de Saint Jean d’Angely ! On était juste quelques 700 petits blancs becs mal dans leur peau en vaine recherche d’une solution à nos problèmes existentiels.

Musico, 2016, Saint Denis Université, première année. Une petite centaine de loulous, pas deux couleurs de peau, de cheveux, dégaines, accents, origines culturelles, caractères, âges, vécus qui soient semblables. Maroc, Danemark, Italie, Amérique, Canada, Haïti, Chine, Pologne, Brésil, Colombie, Chili, Argentine (oui l’Amérique du sud est très musicienne visiblement!)… de 18 à 45 ans, de guitaristes amateurs à chanteuses lyriques et pianistes jazz capables d’improviser à souhait, le melting pot est multiforme et géant ; et c’est un vivier d’enrichissement comme j’ai tant appris à les aimer aux cours de mes quelques voyages. Egalement, le fait de partager un amour commun qui n’est seulement motivé que par cet attrait spontané, authentique et inexpliqué que l’on a tous eu pour le même art, bah ça rassemble (bon à part les deux ou trois qui sont là pour pécho d’la meuf, parce que oui, on le sait tous, les zicos ça a toujours motivé les foules MENTEZ PAS !). Et ça s’retrouve le jeudi soir à la chorale ou dans le hall autour d’une ou deux guitares, et ça taquine le clavier sur les pianos des salles de cours à la pause, et ça chantonne de Shubert à Dire Straits en passant par Sydney Bechet. Je suis époustouflée par la culture G de gens qui sur qui j’ai 10 ans de vécu d’avance, et émerveillée par leur swing naturel, leur curiosité et leur créativité. Si seulement j’avais eu l’audace de faire ces études bien plus tôt… Mais bien entendu, n’ai-je pas eu besoin de ce parcours pour en arriver là avec autant de certitude et d’excitation ?

Pis un autre truc aussi : j’m’attendais à trouver tout l’monde sur un mac à prendre des notes entre deux like facebook, ou sans arrêt sur son smartphone à texter on sait pas qui, à scroller instagram ou à snapchater la moindre presta intrumentale qui passe par là… Mais non ! Je suis TELLEMENT surprise de voir que non ! Les portables sont rangés la plupart du temps, certains n’en ont même pas ou ont juste un équivalent du 3310, et tout l’monde prend assidûment (rhoooooo !!! ils sont partout !!!) ses notes à la bonne vieille méthode, et est attentif et respectueux. Alors ok, y’a un truc qui aide, c’est que les cours se prennent à la carte. On a une proposition d’une quinzaine de cours et l’on doit en choisir 7 ou 8. Ce qui fait que l’on se retrouve une trentaine grand max par classe, et bien sûr, ça rend déjà la capacité de concentration bien plus grande que l’époque des amphis à 400 personnes en neuropsycho. Là, les profs nous connaissent, nous aident, nous encouragent, et sont là pour nous si jamais on galère. Et je trouve ça tellement appréciable ! C’est une chance inouïe ! Va comprendre pourquoi tu modules au ton voisin ou relatif par la dominante du ton que tu rejoins à l’aide éventuelle d’un accord pivot et d’une marche en écriture musicale si t’es plusieurs centaines dans un amphi avec la moitié qui chahute !

Rhaaaaaaaaaaa et la musique quoi ! J’en fait depuis que j’ai 8 ans, et j’avais pourtant JAMAIS compris ce que je faisais, c’est dingue le cerveau ! Je faisais tout d’oreille, et j’étais incapable de comprendre ! « Tiens c’est drôle, on est en Do majeur, et quand je finis sur un accord de Do majeur ça sonne bien… C’est cool on va faire ça, té. » Ah j’ai l’air fin maintenant à galérer à lire une partition alors qu’à l’époque, quand mon prof de piano me poussait à le faire je lui répondais « à quoi bon ? J’ai une super mémoire auditive, je rejoue les trucs de mémoire. » Oui sauf que se reposer sur ses acquis, ça a quelques limites et je m’en rends bien compte 20 ans plus tard (je m’sens de plus en plus vieille au fur et à mesure que cet article avance). Bref du coup, j’étudie et comprends enfin pourquoi la musique ! J’apprends une nouvelle langue ! Universelle ou presque qui plus est ! Bon après je crains aussi de trop comprendre, j’ai toujours cette peur que ça ternisse les prodigieuses émotions qu’une suite d’accord précise ou qu’une modulation au ton de la dominante me procurent. Mais apparemment pas jusqu’ici ! Et je dirais même mieux, ça m’ouvre tout un monde nouveau (comme dirait Aladdin – que le navigateur tente avec force et fougue de me corriger en Alain, cet ignorant), de nouvelles perspectives d’explorations musicales, de jeu, de composition aussi… Bref je suis heureuse ! Je sais pas si j’ai trop le droit de le dire (on sait plus trop hein aujourd’hui) mais je le dis.

 

Et puis, pour finir, tout ça me rassure. J’veux dire par là que de voir les générations qui arrivent, j’me dis que notre monde est pas encore foutu, et que y’a un bon paquet de gens avec de grands coeurs qui vont y arriver, à changer le cours grisâtre de l’histoire qui nous est psalmodié à tire-larigot. Moi qui croyais que les plus jeunes étaient comme mes ninetiesards en pire, bah j’me rends compte que le tournant vers du mieux a peut-être déjà été emprunté. Alors certes, encore une fois, c’est un point de vue donné depuis un cursus artistique, et donc peut-être biaisé. Les gens que je fréquente 4 jours par semaine sont pour la plupart des êtres sensibles, en accord avec leurs émotions, humains, et un peu plus dans le partage avec l’autre que dans des filières comme celle où j’évoluais quelques années plus tôt. Mais ça me donne quand même la ferme conviction que ce cas n’est pas isolé, et qu’ils sont un échantillon représentatif de tous les adulescents de France #espoir #maissi #onycroit. Et donc que ceux qui arrivent derrière nous concocte de très belles prôses, et vont changer les choses avec des bouquets de rose, même ‘vé (« Changeeeeer les âmes, changeeeeeer les cœurs avec des bouquets de fleurs, la gueeeerre au vent, l’amooooour devant, grâce à des fleurs des champs, yeah Lolo! » ).

film 1984 mozart amadeus salieri

Allé j’vous laisse avec un joli truc, mon truc du moment, même si y’en a 12 millions mais fallait bien choisir :

 

 

2 commentaires


  1. AAAAHHHH quel article de fou 🙂 Evidemment cette histoire de reprendre ses études pour se consacrer à sa passion, ça me parle plus que beaucoup (t#eamprofdeyogaduswag). Ton article me met de super bonne humeur car je ressens ta passion, ton enthousiasme, ton alignement entre ces études et ta personne… C’est rafraîchissant. Tu pointes un truc du doigt aussi. C’est la différence d’ambiance entre des filières où les gens sont là par dépit et par passion. Je nous revois à la fac de droit, là sans savoir pourquoi ou pour de mauvaises raisons (papa maman, l’argent, le statut social etc)… Je te souhaite de profiter intensément de cette aventure, ça n’a pas de prix d’avoir sa passion au centre de son quotidien.

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