Dire au revoir.

J’ai toujours eu l’impression que c’était le dilemme de toute ma vie.

J’ai même l’impression que c’est la première chose pour ainsi dire que m’ait enseignée la vie. J’ai dû dire au revoir à mon père à 7 ans, alors qu’en fait j’étais pas prête du tout. J’ai cru l’être, mais on n’est jamais vraiment prêt pour ce genre de choses. Et à 22 ans, j’ai réalisé que j’avais jamais accepté l’au revoir en question. “Allé tiens prends ça dans ta gueule ! Deuil à retardement ! OUAIS BAH Y FALLAIT BIEN QU’T’Y PASSES !!!! ALLÉ BOUGE ON A PAS 100 ANS !!! “

Le fait est que, à part cet au revoir là, jusqu’au Canada, j’avais jamais été roué à cet exercice là du tout. Parce que, jusqu’à y’a 3 ans d’ça, j’avais jamais vécu ailleurs qu’à Nice, la plupart de mes amis étaient toujours restés à Nice aussi, et la plupart des personnes de ma famille vivent dans la région aussi. Donc j’avais jamais vraiment eu à dire au revoir.

C’est pour ça que quand ça s’est présenté pour la première fois à moi, ça a été très dur. Et à chaque fois que je dois quitter un truc, je le vis toujours très, très intensément. Comme tout le monde me direz-vous. Mais j’ai toujours la sensation que moi c’est davantage. Peut-être que chacun a la même sensation…

Bref, après la mort de mon père, jamais plus d’au revoirs… Jusqu’à mes premières peines de cœur, où là on doit apprendre à se séparer de quelqu’un qui est rentré super loin dans notre intimité.

A part ça ? Rien. Petit confort. Vie pépère. Même l’épopée abandon du nid maternelle pour Paris, c’était pépère. Paris, c’était la France, et c’est pas si loin.

Puis vint l’expérience Canada, et avec elle je crois,la meilleure école des au revoirs au monde.

Au revoirs d’un nouveau genre : après les au revoirs « décès », après les au revoirs « rupture », vint l’expé des aux revoir « déménagements ». Et bah ceux-là y font bien mal aussi.

En effet, pendant mon année à Vancouver, j’ai l’impression d’avoir fait que dire au revoir, plus encore que ce que j’ai dit bonjour !

Les premières personnes que j’ai rencontré là-bas, c’était principalement d’autres expatriés, qui avaient pour ainsi dire tous le même visa qu’moi, à savoir un PVT. Et qui dit PVT dit 1 an de validité, et c’est tout (sauf si tu t’bouges pour prolonger). Donc des gens partir, t’en vois tout au long de l’année ! Et des larmes de mélancolie, t’en vois couler. Et t’en verses aussi. Bien sûr qu’on garde contact avec ces gens, bien sûr que Facebook existe, qu’on est tous des glob trotters et qu’on se recroisera tous dans une autre partie du monde ou en France en rentrant. Néanmoins, ces départs marquaient aussi la fin d’une aventure, qui se renouvellera pas puisque le PVT, c’est qu’une seule fois dans chaque pays.

Et puis le contexte est particulier en PVT, on sait qu’on est là pour un temps déterminé, donc pour la plupart d’entre nous, pas de prise de tête quand à la carrière, il suffit juste de trouver un p’tit boulot pour pratiquer son anglais et pas mourir de faim. Et puis contexte particulier et pays étranger veut dire aussi plus grand laisser aller, plus d’amusements, de YOLO, de soirées arrosées, d’expériences uniques, de rencontres folles… Et puis Vancouver étant une grande ville très melting pot, il y a aussi plus de chances de croiser des gens venant de pays étrangers, des gens de passage, qui vont qui viennent, et parfois viennent d’un pays si différent du tiens alors qu’eux sont pourtant si semblables à toi…

Et puis y’a eu mon expérience en tant que saisonnière dans un super endroit qui s’appelle Hell’s Gate au cours de cette année, et ça c’était encore autre chose. C’est très, très fort d’être saisonnier, c’est très particulier. Un de mes managers là-bas me disait justement un jour que chaque année, quand les saisonniers rentrent chez eux, de nombreux parents et proches leur écrivent pour les remercier, et leur expliquer combien leur gosse a été changé par cette expérience. Les jeunes, dans ce genre d’endroits, en plein milieu de rien, pour 4 ou 5 mois pleins, vivent ensemble, dorment ensemble, mangent ensemble, sortent ensemble, et surtout travaillent ensemble. Y’avait pas d’internet là-bas aux résidences, juste une toute petite télé qui marchait pas toujours. Ce genre de promiscuité, de huit clos à long terme, ça vous apprend énormément, sur la vie en communauté d’une part, mais aussi sur vous-même. Sur votre capacité à dealer avec les conflits de groupe, à accepter l’espace vital de ceux avec qui vous vivez, à faire respecter le vôtre aussi, à faire des concessions, à communiquer, à devenir autonome, ça vous apprend aussi la solitude… C’est une expérience unique et merveilleuse, surtout pour les plus jeunes.

Et même si moi, cette expé je n’l’ai eu que pour 2 mois en tant que remplaçante, j’en suis ressortie bouleversée, sûrement changée aussi.

Et l’on en vient aux au revoirs encore une fois : car l’expérience job saisonnier, c’est aussi savoir dire au revoir à la fin de l’été, à des gens qui étaient devenus votre famille dans ce pays si loin du vôtre. A ceux avec qui on a vécu, à vos collègues, à vos managers, à un endroit, à des clients, il faut dire au revoir, voire adieu… Mon remplacement s’étant réitéré à la fin de la saison, j’avais pu observer tout le monde quitter l’endroit avant moi. C’était y’a un an… On dirait qu’il s’en est écoulés mille…

Puis ce fut à moi de dire au revoir. j’appréhendais énormément, et j’avais raison parce que tout l’monde a pleuré. Sauf moi. J’me débrouille toujours à pas réussir à pleurer quand je suis le plus triste. Allez savoir !

En tout cas, je pense que cette apprentissage des au revoirs, ça fait partie {très} intégrante de la vie, et c’est forcément bénéfique. Parce que quand on dit au revoir, on est pas 100% que tristesse et mélancolie, j’sais pas si vous avez remarqué. En tout cas pas moi. En général j’suis émue, déchirée, mais je ressens aussi souvent une espèce de bonheur profond et discret, presque imperceptible. Une espèce de joie d’avoir pu aimer tant. Et au plus j’ai mal, au plus c’est que j’ai aimé la personne, la chose, l’endroit, l’expérience. Et vaut mieux ressentir des trucs que rien du tout. Sinon qu’est-ce qu’on fout ici ?

Vous m’direz on a pas choisi… M’enfin !

Sinon là j’viens d’arriver à Melbourne ce matin, pour un temps plus ou moins déterminé, éventuellement long, en théorie. Et j’ai encore dû dire au revoir à des gens en France. Mais cette fois-ci j’ai enfilé mon costume de déni, parce que j’me sentais pas les épaules de super héros des au revoirs. Oui, des fois on est un peu fragiles par périodes. Alors j’ai dit à tout l’monde que j’rentrais bientôt, que c’était qu’un aller-retour viteuf. Que je revenais d’ici 1 mois. Moui. Et pis j’ai réalisé combien la France c’était cool… Malgré ces politiciens qui me gavent, ces médias endoctrineurs, cette administration qui met 1000 ans à faire une photocopie et ces trottoirs pleins de cacas de chiens.

France, je t’aime, je reviens vite.

Mais pour l’instant je vais faire dodo. 01:40 du mat’ à Melbourne, et j’ai absolument pas sommeil. Merci le jetlag, merci le cortisol et l’hypophyse, merci madame notre hôte qui a décidé d’accrocher un grelot au collier de son chat Lulubelle, et merci Lulubelle de venir dormir sur mes fesses.

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