J’ai trop d’amis, on m’a dit.

 

Récemment, un ami cher m’a dit que j’avais trop d’amis.

Oui, c’est vrai. Et même parfois je m’éparpille, je néglige.

Mais moi je dis plutôt que j’aime beaucoup de gens.

 

Faut dire que j’ai une famille miniature,

Et que j’ai toujours avancé dans le souvenir d’un souhait jamais exaucé, trop tôt avorté,

D’avoir quelques frères et soeurs avec qui chahuter et monter une team de super humains.

Alors ma quête sans répit de relations en tous genres,

C’est un peu une tentative pour moi de recréer la tribu que j’ai pas eu,

Et de combler ce vide, faut l’dire, presque un peu morbide.

 

Et puis y’a tant d’amours différents,

Que je crois qu’on peut décliner l’amour en mille millions de versions.

Est-ce qu’on peut éprouver trop d’amour ? Est-ce que ça se cumule vraiment ?

Moi je crois qu’au lieu d’un fagot de rondins de bois, qui si trop plein dégringole,

L’amour c’est comme un arbre, qui déploie ses branches avec pour seule limite celle de ses capacités photosynthétiques.

 

Il est vrai que quand à propos de ceux que j’aime je tergiverse,

Je les décris superlativement,

Comme s’ils étaient un trésor caché déterré,

Un orbe magique rarissime, ou le meilleur des gâteaux jamais patissés.

Si bien que des fois, lorsque pour la première fois,

Mon audience rencontre ces êtres de ma vie tant appréciés,

Oubliant de les regarder à travers mes yeux, elle paraît désenchantée, désoeuvrée.

« Putain t’éxagères, meuf. Il est pas si ‘ci’. Elle est pas si ‘la’ ! »

Et là, j’ai mal un peu. Mal de sentir que mon émerveillement n’est pas partagé.

Comme si on avait pété un bout de ma tasse de dînette préférée,

Comme quand j’ai appris, que c’était pas vraiment les souris,

Qui venaient chercher mes dents sous l’oreiller.

Comme quand une musique me fait chialer de joie,

Et que quand je la partage à un pote,

Il la joue mais ne l’écoute même pas.

 

Seuls certains comprennent, que naïvement, parfois égoïstement,

Je communique, regarde et vit avec mon coeur, mon corps.

Ma tête prend très rarement part à tous ces mouvements.

Seuls certains comprennent,

Qu’un voyage galère et banal en pleine aridité australienne,

Se transforme pour moi en épopée Jules Vernienne.

Que la rencontre d’un gars somme toute banal,

Peut déclencher chez moi une tempête neuronale, hormonale,

Un tsunami de neurotransmetteurs dans tout mon système nerveux central.

C’est pas que je rêve, encore moins que mens,

c’est juste qu’à travers mes yeux d’enfants, tout devient souvent plus éclatant.

 

Y’a juste les hommes, les amants,

Que souvent sans vergogne, généralement avec le temps,

Je traite par dessus la jambe (ou par dessous, ca dépend).

J’ai du mal à aimer, à conserver ce point de vue ingénu,

à observer à long terme cette beauté qui aux primes abords m’éblouissait.

Avec eux, j’n’arrive pas à garder la patience, la tolérance et l’empathie,

Que sans tempérance j’accorde à mes amis.

Malgré tout je reste, parce que partir c’est échouer.

Et parce que je les aime quand même, simplement pas assez pour sacrifier ma liberté.

Alors, je m’ennuie tendrement.

C’est pas eux c’est moi, c’est sûr.

Pis j’en scelle certains en amis, ça m’évite de les gaspiller, de les perdre.

Alors je peux seulement sur eux continuer de poser mon regard immaculé.

 

Quelquefois néanmoins, rarement cela étant, certains ont fait une percée.

Ils apparaissent hors du brouillard, du flou sentimental,

Et là corps, coeur, cerveau stoppent la bataille,

Et la petite voix intérieure leur suggère de se la fermer, et de l’écouter.

Quelques rares, très rares fois, j’aime pour du vrai.

 

On entend souvent que les hommes c’est tous des cons.

Mais c’est pas vous, en fait c’est nous.

Souvent, on est pas avec vous parce qu’on vous aime,

On est avec vous parce qu’on aime que vous nous aimiez.

C’est à cause du traumatisme infantile, qu’il dit Freud.

C’est la faute à ce besoin définitivement pas comblé d’un père effacé,

Cette recherche invétérée d’un regard paternel admiratif inconditionnel,

Qui dit que quoi qu’il advienne, il sera là.  Ouais mais t’es où papa ?

 

Pis si moi je fuis, c’est aussi la faute à cette peur ad vitam eternam qu’ils soient lassés,

De ma petite personne, angoissée et dans son corps coincée,

Coincée parce que ça fonctionne tellement dans la tête,

que le corps, il s’engourdit, on l’oublie, il devient la mue d’une âme trop en vie.

 

Tu sais, j’ai grandi, dans un monde facile,

Ou tendresse et mots doux m’étaient servis sur un plateau,

Pour compenser le manque du fameux père parti tôt.

Filet, rembourrage, harnachement, tout y était,

Pour éviter la chute, on me couvait comme un poussin mal né.

Et puis comme si ça suffisait pas, je me suis construit un fort,

De murs en bonbons et de bonhommes en carton pâte,

Où rien ne blesse et tout flatte,

Où y’a pas besoin de forcer, où tout s’acquiert d’un claquement de doigt.

Parce que j’aime pas trop quand ça va pas,

Je gère mal l’échec, les disputes, les renoncements, les départs.

Du coup, j’ai jamais su, ce que ça fait de se battre,

J’ai préféré éviter de forcer, rêvasser, ne pas entendre

Imaginer que tout vient à point sans attendre.

 

Alors je sais pas, je sais pas persévérer,

Sauf menace imminente, les peurs je troque

Les contraintes je contourne, les ennuis je révoque (#çasonnecommeunsketchdesinconnus),

Pour que jamais ne fadisse ma réalité en pain d’épices.

Mais comment on fait lorsque la vie veut que l’on se bouge ?

Quand on doit forcer pour y arriver,

Comment on sait quand on a jamais fait ?

 

Eh bien, parfois, il suffit de rencontrer une personne,

Qui, malgré les trous et moisissures dans sa réalité,

a su colmater ça avec de l’amour et du miel, wesh (je mets wesh parce que sinon c’est trop cul-cul – je rétablis le niveau),

Qui a fait de son édifice en pain d’épice à elle,

Un havre rafistolé, qui tient debout, enchanteur enchanté.

Alors on imite, on prend exemple, et on s’inspire de cette âme éclatante,

Pour réapprendre à vivre en vrai.

Bouclier dans le dos, épée au fourreau, de la maison Grimm on sort,

Déplacer des montagnes, survoler des océans,

Braver la mort, traquer l’extase,

Sans plus avoir peur, jamais, d’affronter cette pute (nivellement) de vie qui blase.

 

Le droit d’être heureux il faudrait maintenant s’accorder.

Les traumas du passés, ils sont ancrés, présents à jamais mais clôturés,

Pourquoi les choses se rejoueraient ?

Pourquoi on pourrait pas, briser le cercle vicieux,

Visser les piliers au socle, brasser les acquis, construire par dessus,

quelque chose de vierge, un nouveau sentier,

veuf d’une vie qui allait qui venait, mais qui maintenant s’assagit,

comme un pendule refusant l’inertie.

 

Et si le remède à tout ça, c’est d’avoir ‘trop d’amis’,

Ma foi, j’ai choisi ma thérapie.

Il faudra juste savoir aimer (#FlorentPagny).

 

3 commentaires


  1. T’es trop forte!! Bravo poulette, c’est beau

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  2. Oh joie! \o/ Il devient poétique ton blog!! :DDD c’est très sensible et zoli. Amour et chocolat.

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