La saveur délicieusement triste des derniers instants.

Vous avez déjà remarqué ? Comme on considère les choses sous un tout autre angle quand leur fin approche ?

La plupart des gens feront juste la remarque anodinement, à voix haute ou pour eux-mêmes, mais rares sont ceux qui se rendent réellement compte que ce goût plus fort, plus appréciable, presque transcendantal des choses qui se terminent est simplement dû au fait que l’on sait que l’on ne pourra plus en jouir bientôt. Mais faut des trucs que l’on sait quasiment irréversibles, sinon c’est pas drôle. Sinon t’as pas la trouille de les perdre, et tu ressens pas cet amer/sucré super intense.

Les choses que tu aimais bof te font te dire que “boarf, ma foi, j’aurais pu les supporter un brin plus longtemps en fait…”, celles que tu trouvais sans intérêt en gagnent soudain, et celles que tu aimais pas mal ça génère en toi un vrai déchirement.

Et ça m’le fait pour tellement de trucs…

Le jour du coiffeur, en me levant le matin, juste avant d’y aller : “Té, mais, c’est dingue ! J’ai JAMAIS été aussi bien coiffée qu’aujourd’hui ! J’ai ptèt’ pas besoin de tout couper tout compte fait ! Cette coupe longue sans formes, sans dégradé, sans couleur, ternie, ses pointes fourchues, ces épis, en fait ça passe nan ? Vazy ça fait grunge hippy new age là ! Bon j’y vais mais j’lui dis de juste couper les pointes.”

Le dernier jour de classe dans un bahut : ce dernier instant où vous jetez un oeil à cette salle de classe, à cette cours de récré, ce parvis, en vous disant que c’est fini, à jamais, et qu’ça vous fait un truc étrange. Alors qu’vous avez pourtant passée l’année à vous plaindre d’y être et à rêver d’en sortir.

Un travail que l’on quitte : “Hey c’est drôle, j’crois que mon patron va presque me manquer ! Et ce bureau, il était sympa ce bureau… Pis j’aimais bien mon agrafeuse crocodile… Même l’odeur du savon des chiottes, j’suis sûre elle va m’rester. Et si j’restais ? Attends où est mon flingue que j’aille demander au boss d’m’offrir un CDI ?”

Quelqu’un qui va partir, ou même mourir, et dont tu te dis que t’aurais peut-être dû en profiter davantage avant ça… Alors que t’avais pas vraiment estimé qu’il le méritait jusque là…

Une rupture : quand t’es sur le point de t’casser, que t’as emmagasiné toute la témérité nécessaire à balancer tout c’que tu as à dire, que tu vas l’faire, et que tout à coup, tu croises le regard du/de la concerné(e), et que tu n’vois d’un coup plus que les plus beaux traits de son visage et ne te rappelle que des supers délires que vous aviez, les fois où vous aviez ris comme des débiles en mattant Hanouna et en bouffant des sushis, ou les meilleures parties de jambes en l’air. Toutes les disputes, les aspects pourris d’son caractère, sa manie de toujours te laisser toi nettoyer les postillons de dentifrice du miroir de la salle de bain… Tout ! Envolé ! “Pourquoi je romps ? Qu’est-ce qui m’a pris sérieux ?! Je l’aime tellement !”

Une ville, un pays que l’on quitte (oui là pour le coup j’me sens très concernée avec mon départ Austral qui approche à grands pas) : “Tiens j’avais jamais remarqué cette superbe luminosité en fin d’journée, et la beauté de c’te place où y’a la fontaine ! On vit dans une super région quand même… Non mais genre VRAIMENT ! Puis chais pas pourquoi, mais les gens me semblent vachement plus sympas que d’habitude. Pourquoi j’m’en vais déjà ? Bon j’reviendrai vite c’est juré.”

Puis le fameux truc que c’est TOUJOURS à la fin d’un séjour de vacancesque tu t’accroches à mort avec des gens. Ça ça m’le faisait beaucoup quand j’étais gosse ou ado. C’est toujours la veille du départ que la soirée est la meilleure, que tu oses rouler une pelle à ton voisin de bungalow, ou que tu te sens définitivement bien et qu’t’as plus du tout le mal du pays.

Et ce mec dont tu t’aperçois que tu tombes amoureuse JUSTE quand tu sens qu’il s’échappe, alors que jusque là tu l’avais à peine considéré. Pourquoi ça fait si mal maintenant ? Tu t’en foutais y’a 1 mois, tu vivais très bien sans, quand machine lui tournait pas après, ta vie a pas plus changé que ça depuis ! Remets toi !

C’est quoi cette sale manie de toujours désirer le plus ce qu’on peut pas avoir OU ce qu’on va bientôt perdre ?

Hey je sais que j’suis perturbée hein, mais jamais je me contente longtemps d’un truc que j’ai et que je risque pas de perdre… Enfin, ça dépend pourquoi. Mais allons bon ! C’est un travers de névrosée hystérique c’est ça ?

En fait on s’en fout.

Conscient ou pas de la raison de notre regain d’amour soudain pour quelque chose que l’on quitte, l’intérêt du truc, c’est de prendre conscience qu’il faut profiter des choses tant qu’on le peut, et pas seulement que sur la dernière ligne droite.

Puis peut-être que du coup, ça permet de développer un goût pour le changement, le mouvement, car ils nous permettent de ressentir cet amour profond et cette admiration de façon régulière pour diverses choses. Et si vous êtes comme moi, c’est-à-dire un brin excessif, émotif et sensible, vous développez vite des addictions, et vous devenez accro aux termes, aux fins, aux ruptures, parce que ça permet justement de donner aux choses cette saveur exquise et orgasmique, mais éphémère malheureusement ; ce qui oblige de façon récurrente à créer des situations et à les annihiler par la suite, afin de ressentir cette passion qui fait mal mais qui fait du bien, encore et encore.

Certains disent que le jour où l’on trouve réellement son idéal, on s’y arrête, et l’on coupe ce cercle de recherches de sensations intenses, parce qu’on est juste bien. Le jour où on est là où il faut, on sait, et les questions s’arrête.

Si j’fais partie de ces certains ? Très bonne question !

Un commentaire


  1. C’est exactement ça…bravo Erika…tu arrives â exprimer avec tes mots tous les sentiments que nous ressentons quand il faut parfois tourner une page de notre histoire….bon voyage ma petite Erika….profite de ta jeunesse…bisous..

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