Le Boxing Day et mon agoraphobie chronique

Beaucoup d’entre vous connaissent ma phobie numéro 1 : les araignées. Cette peur panique, cette horripilation que je ressens à l’égard de ces insectes aussi fascinants qu’effrayants, je l’explique pas. Je sais qu’elle se porte spécifiquement sur les pattes. Ouip. Une araignée aux petites pattes courtes, je m’en tape. Par contre, celles au petit corps et immenses pattes, celles qui font des toiles dans les coins des maisons de campagne là, et qui trônent dedans, glorieuses, comme si elles flottaient dans les airs tant le fil tissé est fin et donc invisible, vous savez, celles qui sont parfaitement inoffensives, qu’on se demande même si elles ont une bouche pour mordre (MAIS BIEN SUR QU’ELLES ONT UNE BOUCHE JAMY !!!), bah ça, si j’en vois une, douche froide, et je quitte les lieux à vie. Genre oué parce qu’elle a pu faire des bébés et qu’une fois ado ils viennent élire domicile dans mes orifices pendant que je dors. Plutôt mourir tu m’entends ??! PLUTÔT MOURIR !

Et, comme je suis une fille qui aime à combattre ses démons, j’ai eu cette fabuleuse idée que de m’installer en Australie! Bravo Erika! Hein parce que l’Australie, c’est peut-être LE pays des insectes monstrueux à la taille décuplée et à la venimosité sans limites.

Et quand est-ce que les araignées sortent le plus ?

En été !

Pourquoi ?

Parce qu’il faut chaud et lumineux !

Et que donc y’a plus à manger pour elles !

Et qu’est-ce que c’est en c’moment en Australie ?

L’été !

Et combien y se met à faire depuis 2 jours ici ?

42°C !

Voilà. Hier soir, j’ai donc croisé mes premières araignées Australiennes. Dans la cuisine et la salle de bain. Elles ont TOUTES décidé de sortir en même temps les putes. Et j’vous l’dis : on n’a pas le même level arachnoïdien en France… Nos araignées, c’est des acariens à côté.

Depuis, j’ai pris la décision de ne plus faire mes repas qu’au resto, et de ne plus me doucher qu’à la salle de sport jusqu’à nouvel ordre.

MAAAAIS ce n’est pas de cette « peur » là dont je voulais spécifiquement vous parler ici. Non non. Mais promis, je ne m’étendrai pas trop, je sais que mes longs et interminables billets en découragent plus d’un. Allons-y.

 

Le 26 décembre dernier, c’était ce qu’on appelle ici le « Boxing Day ». En gros, c’est un jour de GROS soldes, genre l’équivalent de la troisième démarque française. Et même si de nombreux magasins étendent leurs réductions sur une période plus étendue, l’affaire est censée n’occuper qu’une seule journée. Alors autant vous dire que les commerces deviennent de vrais champs de bataille. D’ailleurs, ça s’appelle le BOXING day. C’pas pour rien. boxing thingC’est en fait un peu l’équivalent du « Black Friday » américain, le vendredi qui suit Thanksgiving et à partir duquel en théorie commence pour tous le shopping de Noël. Même acabit, même combat (au sens propre). Pour ceux qui veulent une idée de c’que ça donne, regardez la trilogie « Black Friday » de la saison 17 de South Park (ép. 7, 8, 9), ou cliquez ici (bon et en fait en regardant ça, j’me dis que les Australiens sont quand même bien moins fous que les américains).

Bref, pour voir, et parce qu’il me fallait acheter des conneries (oui je suis une fille, ça m’est vital), j’y suis allée.

Y’avait un monde fou, les gens se bousculent sans même se retourner ni s’excuser, les prix n’étaient même pas bien plus avantageux qu’en temps normal, il faisait chaud, et puis ces lumières artificielles de merde

Bref, j’ai commencé à faire une sorte de malaise en me retrouvant au milieu de tout ça… Je dis commencer parce que c’est davantage l’impression d’en ressentir les symptômes que de réellement tomber dans les pommes, car cela ne m’est plus arrivé depuis 7 ou 8 ans.

Mais le truc, c’est que ces dits symptômes me font de suite me sentir très bof, et dans ces cas là, une seule solution : m’isoler ou sortir en plein air. Logique me direz-vous. Il s’agit en fait d’échapper aux conditions qui déclenchent le mal-être, à savoir « l’enfermement » dans un grand espace clos, la chaleur, le monde, le brouhaha, les néons lumineux…

D’où cette peur me vient-elle ? Très con : en 6ème, 10 ans, on part avec la classe en voyage à Londres. L’excitation, l’aéroport, les lumières (encore), le monde, la chaleur, et peut-être une petite hypoglycémie (QUAND J’VOUS DIS QUE J’AI FAIM FAUT ME NOURRIR !!!)… J’ai commencé à réellement tomber dans les pommes ce jour-là, sans même me méfier puisque c’était la première fois de ma vie que ça m’arrivait, donc je connaissais absolument pas la sensation. Bien heureusement, un parent étant avec moi et m’ayant vue « partir », on m’a vite filé un chewing gum, et le frais + sucre m’ont de suite redonné des couleurs et empêchée de tomber. Après ça, super séjour à Londres, retour impeccable, etc.

Mais… quelques mois après, j’ai soudainement déclenché la peur de refaire un malaise en public. Allez savoir pourquoi ! Con de cerveau. Ce qui m’avait valut à l’époque de m’enfuir de la salle de cours à plusieurs reprises, par peur de tomber dans les pommes devant tout l’monde, ou encore d’éviter à maximum les grandes surfaces durant la même période… Jusqu’au jour où j’ai décidé que tout ceci était parfaitement ridicule et trop handicapant. J’ai alors décidé d’analyser ma phobie (oui, à 11 ans, j’étais déjà aussi perturbée et cérébrale que ça… bonjour l’engin), et de comprendre dans quelles circonstances elle se déclenchait, et comment il s’agissait de l’annihiler. J’ai donc compris ce qui me faisait peur spécifiquement, à savoir l’idée de me faire tout simplement remarquer en tombant devant tout le monde, et que les gens pensent que ce qui m’arrive est plus grave qu’un simple malaise. Et j’ai aussi compris que c’était lorsque je ressentais des sensations similaires à celles d’un malaise, à celle de CE malaise de 6ème, que je pensais en refaire un. Assimilation sensorielle de merde ! Donc, dès que je me retrouvais dans des grands endroits clos, sans lumière naturelle, avec brouhaha, foule et chaleur, comme dans l’aéroport, hop, ce foutu cerveau croyait que j’allais tomber. Alors que non non. En fait, je crois que mon corps se met juste en mode bouclier, parce qu’il sait bien que ces environnements anti-naturels c’est quand même pas l’idéal pour nous !

Bref, malgré une ou deux périodes de rechute rares et isolées, maintenant, je gère vénère.

Sauf des fois. Alors spontanément j’me dis : « Ok, ça me rappelle mes moments de malaise de quand j’étais petite, donc corps assimile similitude de sensations, donc peur, donc panique et malaise. Tu connais. Keep going, tout roule. »

Oui mais au delà de tout ça, pourquoi ce genre d’environnement provoque des malaises chez beaucoup de gens ? J’veux dire, c’est quand même du déjà vu que se retrouver en pareille situation, ça fasse tourner d’l’oeil.

Et je pense que c’est (entre autre) parce que c’est contre-nature. Complètement. J’veux dire, des endroits architecturalement immenses, dans lesquels on veut nous donner l’impression qu’on a de la place et qu’on est bien, abrités, nourris, comblés… Oui mais des endroits cependants fermés, dans lesquels les sorties sont souvent éloigées, où l’air est généralement conditionné, tout comme l’éclairage, et le bruit de fond à l’acoustique inhabituelle, parce que y’a des gens partout, qui crient et sont excités, tout comme leurs enfants, et où les rares blancs sont comblés par la musique diffusée en fond dans toute la zone… Et des magasins, en pagaille… En bref, rien de très naturel, même plus notre propre corps qui, absorbé par tous les stimuli qu’il emmagasine à la seconde, finit par errer hagard dans les halls de cette grande bâtisse dans laquelle il ne sait même plus pourquoi il s’était rendu à la base…

 

Et tout ça pour quoi ? Pour consommer.

Consommer quoi ? Des choses dont on avait absolument pas envie, mais dont on nous a insidieusement généré le besoin. Et puis c’est même pas moins cher, on a limite l’impression qu’ils ont augmenté les prix juste avant pour pouvoir les baisser le jour J. Soit ça, soit ils nous resservent les invendus de l’an passé, donc que des trucs que personne veut mettre (sauf si – ô joie – on est rouquine et qu’on vise des couleurs qui n’intéressent pas les gens qui ont une âme).

 

Et le pire (et c’est ça qui, je crois, joue pour beaucoup dans mes malaises…) c’est qu’on a l’impression que tout l’monde est berné. Ces visages fermés, désabusés, lassés, perdus, ces pokerfaces… On se croirait dans un film de Science Fiction où tout l’monde a été lobotomisé… Genre personne se rend compte ! Les gens se battent, et achètent pour acheter. Il faut ! C’est moins cher m’voyez.

J’veux dire, le shopping, en théorie, c’est un plaisir. J’ADORE faire du shopping. J’adore avoir de nouvelles fringues ! Flâner, regarder, hésiter, se balader avec une amie… La joie d’enfin pouvoir se payer la robe qu’on zieutait depuis des mois… Se rendre compte qu’on a maigri, qu’on rentre presque toute sa quantité de fesse dans du 36, et que les cabines de Pull & Bear nous siéent mieux que les pourrites d’H&M… Ou apercevoir le T-shirt de ses rêves, fouiller sur le portant, croire qu’on trouvera jamais sa taille et en fait si ! Bref… Le shopping, dans de bonnes conditions, c’est un vrai plaisir.

Mais purée… Le shopping des soldes… Je regardais les gens le jour du Boxing Day (avant de m’enfuir à l’extérieur presque en courant), et me demandais s’ils pensent comme moi parfois. Est-ce qu’ils arrivent à regarder cette masse de monde à un moment, et à réaliser ne serait-ce qu’une fraction de seconde à quel point on est ridicules, et à quel point on passe à côté de l’essence même du sens de l’existence ? Aux vues de la presque totale absence de sourires et de visages détendus lors de ma journée malaise/observation, je crois qu’au fond, on sait que tout ça là, c’est pas le vrai bonheur et la vraie joie d’vivre, mais on est comme hypnotisés, la tête dans l’guidon… Et on pédale, on pédale. Et on s’éloigne à grande vitesse (et sans trop vouloir le conscientiser) de ce pour quoi on vit et ce pour quoi on doit être heureux…

Bref, c’est un peu un cri alter-mondialiste de hippie que je lance là, et puis c’est vain. J’veux dire, personne arrêtera de consommer parce que j’ai écrit que parfois on abusait. Mais j’avais besoin de l’exprimer, et aussi de parler de cette connerie d’agoraphobie dont je fus (par la faute de mon propre système nerveux central certes) victime dans le passé (et quelques fois encore aujourd’hui).

Mais je me dis qu’on souffre pas pour rien, et qu’outre le fait de nous rendre plus fort, ça nous offre aussi la possibilité (si tant est qu’on soit capable de dépasser nos souffrances) d’aider autour de nous les gens qui passeraient par la même merde après nous.

Donc, je ne peux actuellement absolument pas aider quelqu’un à s’approcher à plus de 5 mètres d’une araignées, navrée, j’y travaille, mais je peux facilement vous expliquer en quoi l’agoraphobie et tous les trucs du genre sont des angoisses à la con qu’il est finalement facile d’apprendre à gérer (j’devrais peut-être même me reconvertir dans la psychologie maintenant qu’j’y pense… ?).

 

Allé les amis, au prochain billet !

Et comme dirait l’autre : Poney-paillette, et Morceaux d’sucre, j’vous aime putain <3

Un commentaire


  1. Salut, salut ! Hihi, avec ma phobie de vomir, mon agoraphobie et mon vélo dans ma tête, je partage beaucoup de tes ressentis. Tes descriptions me parlent. Je me demandais, quand tu dis : « des maisons de campagne : [les araignées] trônent dedans, glorieuses, […] dans […] le fil tissé […] invisible, […], elles ont une bouche pour mordre, […] et viennent élire domicile dans mes orifices pendant que je dors ». Ce sont des symptômes d’envahissement, de longues années d’envahissement par quelqu’un, non ? Qui est cette personne glorieuse dans sa maison, qui tisse des pièges invisibles (d’une grande finesse) dans lesquels tu es tombée, qui a profité de ta naïveté pour t’envahir ? (te soutirer des infos personnelles, trahi ta confiance, espionner ou quelquechose comme ça…) 😉
    Sinon, je voulais te dire, et c’est important, que tu dois sûrement être un zèbre : « surtout ne pas se faire remarquer, toujours contrôler ce que je dis et ce que je fais, sinon ils vont voir que je suis bizarre. » – Bonne route, et bravo pour le blog ^^

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