Le rat des villes revient des champs

Depuis que j’suis rentrée en France, souvent, je m’imagine une scène.

J’entre dans une salle, et là y’a un tas d’gens assis en rond sur des chaises. Parmi eux, Tarzan, Pocahontas, King Kong, Alan Parish, Mowgli, un des grands mecs bleus d’Avatar et Blanche-Neige.

Et là y’a Pocahontas, courtoise, souriante (oui c’est Pocahontas hein), visiblement animatrice de ce cercle de parole, qui dit « Tarzan, tu veux bien t’exprimer en premier ?« , et Tarzan qui démarre :

« Bonjour, je m’appelle Tarzan, j’suis… Pas très vieux je crois, j’aime la gymnastique, l’escalade, et le jus de papaye, et… Bah ça fait bientôt 2 mois que j’ai débarqué en ville. »

*Tout le monde applaudit*

Pocahontas rajoute : « D’accord. Et peux-tu nous parler de tes ressentis, nous exposer la façon dont tu vis la chose, ton quotidien peut-être ? »

Et Tarzan qui reprend : « Eh bien… Bon forcément c’est pas facile… J’veux dire déjà, l’air, la pollution tout ça… J’sens le dioxyde de carbone se déposer dans ma gorge quand j’inspire profondément… Et puis tous ces bruits d’voitures, de motos… J’sais pas, ça m’fait trembler la tête quand ils passent avec leur pot d’échappement tuné ! Et puis… Y’a pas d’arbres, enfin presque pas… Pourquoi y’en a pas davantage ? ça apaise de suite de poser les yeux sur des végétaux en bonne santé ! C’est thérapeutique à mort ! Presque encore mieux que d’regarder une vidéo de chaton sur YouTube ! Et les gens, non mais vous avez pas fait le même constat qu’moi ? Les gens se regardent pas ! Et si j’leur souris sans raisons, soit ils ont l’air complètement décontenancés, soit ils baissent les yeux et tournent la tête. Hier j’ai voulu filer mon ticket encore valide à un mec qui montait dans l’bus pour lui éviter de composter le sien, purée il a évité d’me faire face et il est monté en me coupant la parole en disant « Non merci ! » l’air méfiant. Et cette télévision… Qui balance que des choses négatives et tristes – sauf Scènes de Ménage, Scènes de Ménage j’aime bien (ndlr : oui bon c’est moi qui écrit quand même hein…) Et Thalassa. – et ces téléphones portables auxquels les gens se sentent asservis complet. J’veux dire hier j’me suis excusé de pas avoir répondu à un mp facebook dans l’heure. Et j’me suis surpris à m’exciter sur ma sacoche et à jurer à voix haute parce que mon portable sonnait et que j’le trouvais pas direct. Et AH OUI ! Y’a une femme qui m’a pris en vidéo avec son tel sans même me demander mon avis dans l’métro quand j’me suis cassé la figure dans les marches ! Oui en fait ça va pas tellement…  »

Bon là King Kong se met à pleurer en nous expliquant ses problèmes de claustrophobie, et entraîne Blanche-Neige avec lui qui nous raconte qu’elle est sous Prozac parce que le Prince l’a laissée pour se mettre Avec Elsa de Arendelle parce qu’elle c’est une vraie princesse et qu’elle a davantage de fric.

Jeff Hong - Et ils ne finirent pas heureux pour toujours »

Bref, en tant que chercheuse à l’ANPE (JE L’SUIS PLUS J’VIENS D’AVOIR UN COUP D’FIL POUR UN TAF \o/ – oui, 3h séparent mon écriture de ma relecture), et malgré ma tentative de soutenir ma famille qui est actuellement dans une phase un peu ardue, j’ai du temps à tuer depuis mon retour d’Australie. Alors je pense, et je pense trop (mais ça, c’est pas nouveau). Y’a quelques semaines, ça n’allait pas, mais pas du tout. Et maintenant ça va mieux. Genre vraiment mieux ! Alors comme mon esprit est plus clair et dégagé de toute subjectivité biaisée par les hormones ou hyperémotivité du contre-coup du retour, je me livre à vous.

Et j’en suis venue à ceci : je crois que j’ai fait une petite dépressionette de retour à la maison.

Depuis quelques mois, quand je skypais ma mère en lui disant « j’ai hââââte de rentrer à Noël pour vous voir! » (sachant que c’était donc un retour définitif), elle me répondait toujours « Oui oui, on a hâte de te voir aussi ! Mais prépare toi, ça va pas être si facile. » Et moi, du haut de mes 27 balais de répondre « Oui oui non mais t’inquiète j’suis une aventurière maintenant, une hippie des temps modernes, un coup d’méditation par-ci et de thé au gingembre par là, saupoudré d’huile essentielle de lavande fine pour calmer le tout, et ça ira nickel. T’sais chu une adulte maintenant, maman ! »

Eh bien j’ai envie de dire : toujours, toujours écouter sa maman ! Parce qu’elle a au moins autant d’expérience de vie que toi, fois 2 ! Et c’est pas rien.

Bref, je suis rentrée le 21 décembre, glorieuse, enrichie de mon expérience woofing récente, pensant venir soutenir la veuve et l’orphelin, et raconter mes prouesses de composte caca, d’enterrement de wallaby et de cérémonie hindou au ghee, le soir au coin du feu en jouant quelques accords des 5 Seconds of Summer.

Je dirais qu’il m’a fallu une semaine. Une petite semaine, de déni, de faux semblants vis-à-vis de moi-même, de fausse joie apparente et de bombage de torse en mode « rien ne m’atteint, je suis Ferdinand Magellan du 21 ème siècle. » Et…

J’ai sombré un peu. Une espèce d’incapacité à rester en place, comme une hyperactivité malsaine s’est emparée de moi, paradoxalement doublée d’un refus partiel de sortir dans les lieux publics car trop de monde, trop de bruit. Et cette lumière artificielle… Puis j’ai eu du mal à m’endormir. Je cherchais en vain à voir le ciel de mon lit (le canap’ de maman à vrai dire), les étoiles ou la lune, ou à entendre les criquets, les opossums qui sautent sur le toit, le koala qui grogne pour faire son mâle, et même les souris qui refont le Bronx dans la cuisine. Mais rien. Un doux silence. Un silence que je pensais pouvoir apprécier, et qui n’a en fait été qu’un lourd poids pour moi. Alors que le « silence » de la forêt en Australie était tellement riche d’un tas de choses perceptibles alors que presque inaudibles. Un silence libérateur et curatif.

Et puis, dans ma belle cité du sud toujours, venait le matin. Et là, après avoir été réveillée par les premiers rayons du soleil, j’espérais entendre chanter les oiseaux , les kookaburra, les pies qui tapent à ma fenêtre, les perroquets ou les whipbirds (ceux qui font le son d’une navette spatiale), mais rien. Alors certes, il me suffisait de faire 1km, et j’avais le bruit des vagues, le rire des gens en rollers sur la Prom et le cri des mouettes, mais c’est comme quand on vient d’se faire larguer : c’pas en couchant avec un super pote qu’on va oublier l’être aimé de suite.

Puis la journée se déroulait sans trop de difficultés. Au début j’allumais pas la télé, mais le manque de bruit finissait par m’encombrer alors, par défaut, M6 en fond. Et là, après avoir passé 6 mois sans elle, je me suis rendue compte à quel point la télé était une pute. Hey sérieux, quel concentré de conneries amollissantes ! Entre les infos biaisées voire parfois mensongères des médias, des publicités qui te demandent « Combien de temps ça fait que t’as pas croqué dans une glace » à cause de tes gencives sensibles (z’êtes nombreux à croquer vos glaces sérieux ?), ou bien qui t’expliquent que si tu mets pas un tampon, tu vas vivre Sodome et Gomorrhe une semaine par mois à cause de Dame Nature (et j’vous renvoie à ce super article de TheGreenGeekette à ce sujet), ou encore la vieille pub ou y’a la femme et sa fille chiante là qui dit « quand je fais de la purée Mousline je suis sûre de ce qu’il y a dedans« . On est sûr, vraiment ? Parce que moi le diphosphate disodique j’suis pas sûre de savoir c’que c’est, surtout quand la fiche produit de l’additif alimentaire qu’il est me dit « inconnue » devant « Origine : ». (nan mais là j’vais un peu loin je sais!).

OK. Petit crise de claustro maison et manque d’air frais : SORTONS !

Et puis là, t’arrives en ville (oui parce que tu peux pas rester H24 collé au bord de mer ou dans la colline voisine), et tu vois tous ces gens (toi compris!) qui vont faire du shopping alors que dans leur porte-monnaie, c’est la crise, ces gens qui s’engueulent sans raisons valables, ou qui te disent qu’ils sont pas heureux, mais que c’est la vie. Alors du coup dépitée, c’est à c’moment là qu’en général j’m’en vais bouffer un truc bien nocif pour mon organisme pour faire monter d’un trait mon taux de dopamine, genre royal cheese, part de cheesecake ou pizza. Et tout à coup, cette fois-ci, pour la première fois de ma vie, je sentais mon estomac en tentative de communication avec moi me dire « Heu… Foutage de gueule là non ? J’suis nourri au bio de derrière la maison, sans sucres et graisses, et ce depuis 5 / 6 mois, et là tu m’files de la crotte en masse ? GRÈVE. J’digère plus ces conneries si j’vois pas une augmentation du taux d’endorphine dans l’cerveau incessamment sous peu, et d’façon régulière. Par là j’entends sexe, sport, verdure, air frais, relations sociales saines et musiques coolos. » Et donc j’me tape donc une belle vaseusité d’estomac à chaque coup dur que je lui fais subir depuis le retour.

Et alors l’estomac a dû passer l’mot à mes seins, parce que eux aussi ont décidé de faire la grève en s’opposant au soutif (toute façon pour c’que ça m’sert) en trouvant le truc assez désagréable après quelques mois passés sans armatures aucunes.

Quant à mes cheveux et ma peau, ils ont fait passer une pétition pour le retour aux produits bio et à l’eau de pluie, après que j’ai utilisé des savons un brin trop chimiques en rentrant (ma commande Aromazone ayant tardé :D, Merci pour elle, G.). J’avais le poil crânien en berne et les pores visagaux en rébellion complète (ndlr : ils ont tous obtenu satisfaction depuis, vivacité et pureté sont revenues à RousseCity).

Egalement, maintenant que j’ai appris à écouter mon corps, (quand j’dis ça, ça m’fait toujours penser à ce sketch de Pérusse), celui-ci se voit perturbé. Là-bas bon, la sérénité nouvelle à mes oreilles faisait que je les ouvrais grand, mes oreilles, pour vraiment me détendre et apprécier l’environnement. Et dans mon corps bah… Y’avait pas grand chose à écouter parce que j’étais tellement sereine qu’il était sans cesses en stand-by jouissif. Mais, quand tu reviens à la cilivisation… Oh… My… God. Tu sais plus ! Tu connais plus aucune sensation de stress ! Alors maintenant quand j’bois du café, je sens la caféine me réveiller. Ou quand je partage 2m² dans le métro avec 18 autres personnes, je sens mon corps dire « Heu… Ouais nan c’pas top nan. » Et, purée, qu’est-ce qu’on est tendus du cul ! Sans arrêt ! Tellement qu’on s’en rend plus compte ! Alors ça peut sembler dérangeant toutes ces sensations, mais moi j’trouve que c’est un bon outil de régulation finalement.

Pis évidemment hein, retour, déprimette et mouitude, a fortiori > système immunitaire en baisse > petit rhume. Mamie : « T’es enrhumée toi ! T’as pris des antibios ? » Hey mais y’a pas un mec qui disait que c’était pas automatique ? « Bon bon. Et t’es pas trop déprimée ? Ça va ? Non parce que j’te trouve tristounette. » Le truc c’est que depuis 6 mois j’me soignais à l’ail (mes copains woofeurs étaient contents), au thé gingembre citron, aux agrumes, au miel de Manuka ou aux huiles essentielles (ouep j’ai même découvert d’autres remèdes naturels pour plusieurs trucs super cools, mais ça fera l’objet d’un autre article!). Alors bien entendu que les médecines naturelles soignent pas tout, et qu’elles ont indéniablement besoin de la médecine occidentale. Mais hey, UN RHUME ! Ou une angine rouge ! Un mal de tête ou de règles ! Pourquoi ce réflexe cachetons ?

Alors, au bout d’une dizaine de jours, je me suis couchée, et en regardant les murs qui m’entouraient, j’ai commencé à manquer d’air, à trembler, mon coeur s’est emballé : première crise d’angoisse de ma vie les amis \o/ Et j’aime pas trop trop ça. Du coup, j’ai attrapé toutes les couvertures que je pouvais atteindre, m’en suis recouverte telle une gitane sur l’avenue Jean Médecin un soir de janvier, et suis allée me coucher sur la banquette du balcon, dans le froid de l’hiver, j’ai regardé la lune, et j’ai explosé en sanglots en pensant à cette nature lointaine qui me manquait tellement #hyperémotivité (non mais ça c’est parce que j’ai une âme d’artiste…).

En bref ! Je crois que j’étais en état de choc. Je crois que ce séjour loin, et hypernaturelo-champêtre-retour-aux-sources m’a ouvert les yeux (mais genre trop grand, ils étaient écarquillés y’a quelques semaines ! Et ça fait pas du bien ! Trop de lumière d’un coup!). J’ai toujours entendu certains de mes potes, et ce depuis le lycée, se plaindre des méfaits de la téléééé, des médiaaaas, la sociétééééé, bla bla blaaaa, t’sais ces potes rebelles qui se coiffaient rarement, qui portaient des pantalons trop larges, venaient toujours sans stylos en cours et étaient piquets de grève aux manifs. Et moi, à l’époque, avec mon Eastpak, mon maquillage de pseudo-emo et mes premiers piercings, j’étais une rebelle d’un autre genre, et je comprenais pas ces gens-là et ce qu’ils disaient. D’ailleurs, à l’heure actuelle je saurais toujours pas dire s’ils étaient comme ça pour se donner un genre où s’ils avaient clairement conscience de ce qu’ils avançaient. Mais ce que je sais, c’est que maintenant, je comprends tout ça, et je le pense très profondément. Il m’aura fallu 27 ans. Doucement mais sûrement, c’est mon crédo. J’vais m’le faire tatouer sous le sein. Enfin sur les deux parce que sinon y’aura pas assez d’place.

Et, alors que cette onde de choc parcourait tout mon corps en l’empêchant de respirer correctement, de manger suffisamment et de dormir tranquillement depuis mon retour, je me suis rappelée.

Je me suis rappelée de mon attirance inexpliquée pour les animaux depuis ma plus tendre enfance, de cette envie irrépressible que j’ai d’aller les prendre dans mes bras pour leur faire sentir comme je les aime. Je me suis rappelée du plaisir que je ressentais gamine à sauter dans les flaques d’eau, ou à marcher dans la boue pieds nus. Je me suis rappelée que jadis, je pouvais passer des heures à ressentir le vent sur ma peau, à écouter son virevoltage dans les feuilles des arbres, à contempler un orage ou à regarder une fourmi se balader sur mon avant-bras. Comme dans ma contrée Australienne, tout pareil. Sauf que j’ai pas découvert la nature là-bas, ça a juste toujours été en moi (comme les pierres dedans la Diva dans le 5ème Element). C’est en nous tous en fait. Sauf qu’on l’a oublié complet ou presque. Alors, quand on est en cours de neuropsy à la fac et qu’on s’écrit en amphi que faire subir sans scrupules des tests sur les animaux c’est contre nature et profondément triste, les gens autour se moquent de toi. Alors, quand tu dis aimer te promener tout nu autant que faire se peut, on te traite d’exhib ou de sale (c’pas moi). Quand tu ramasses les escargots sur ton chemin pour éviter de marcher dessus, on te regarde d’un regard soupçonneux. Alors, on a peur des araignées, du tonnerre, de la saleté, du silence et du noir, et c’est normal.

Je me suis rappelée mon dégoût pour le McDo la première fois que mon père m’y a faite manger, ou de ma passion pour le jardin miniature qu’on m’avait offert à Noël (poke Julie H. qui avait le même, tu te rappelles?). Je me suis rendue compte qu’à chaque fois que je prends quelqu’un dans mes bras, ça me fait du bien. Chaque fois que je souris à quelqu’un et qu’il me sourit en retour, que je chante à tue-tête, que je mange assez de fruits et légumes qui ont le vrai goût de ce qu’ils sont, que je lis, que j’attrape le fou-rire, que je parle de ce qui me fait mal, que je dis aux gens combien je les trouve beaux ou que je les aime, que je me dépense pour faire du bien à mon corps, que je prends conscience de lui en faisant du Yoga, que j’utilise pas trop de cosmétiques chimiques à la con, que je vais prendre un bol d’air frais en montagne, que j’arrêtais de regarder la télé, et que je m’écoutais vraiment, à chaque fois, ça me faisait du bien.

Je me suis rappelée que j’avais oublié.

Et là j’ai compris. Ces gens qui disent que la société nous endort, nous aveugle, nous anesthésie. On a l’impression de vivre à fond, sauf qu’on fonctionne à coup de doses de plus en plus grotesques d’alcool, de shit, de sexe sans sens et d’usage d’artifices esthétiques pour nous ajuster à une norme de beauté qui fait qu’on est même plus nous-même.

J’ai alors eu l’impression de m’être réveillée d’une espèce de pseudo léthargie. Mais ce qui m’a sidérée, c’est que je m’étais dit « si éveil il y a, il aura lieu lorsque j’arriverai dans l’endroit qui le déclenche. » Or absolument pas ! Ça n’a pas vraiment eu lieu lors de mon expérience Australienne non, car elle était devenue ma zone de confort à moi. Celle-ci n’ a été que l’amorce, que la mise « en joue » du flingue. L’éveil complet, le coup d’feu lui, a eu lieu au retour dans ma société d’origine. Et c’est c’qu’on appelle le Reverse Culture Shock mesdames et messieurs, ou Choc Culturel Inversé. Et là j’ai eu mal, puisqu’enfin consciente. Consciente de tout ce qui fait tant de bien à l’homme, qui est pourtant si simple et qu’on a appris à mettre de côté dans nos vies d’occidentaux. Conditionnement, hop là.

Quand tu pars, c’est facile d’aller bien. Tu passes d’un pays qui t’fait chier à un pays qu’en théorie tu as choisi parce qu’il te convient davantage. C’est cool, t’y es, tu profites. Mais une fois que tu sais comment c’est ailleurs, ou bien comment c’était avant chez nous, ou même que comme moi t’as une expé dans la nature qui te rappelle combien tu es en fait profondément inadaptée à ta société, eh bien revenir les yeux grands ouverts, ça fait un peu mal.

Et par là, je critique par trop la société en elle-même. J’veux dire faut bien qu’on évolue aussi ! Je pointe juste du doigt le fait qu’on associe évolution avec éloignement de la nature, et que beaucoup trop de monde cultive encore ce cliché péjoratif du campagnard cul-terreux associable et primitif qui a rien pigé à la vie (merci L’amour est dans le pré).

J’crois pas trop trop m’avancer en disant que cette connexion à la nature, et finalement cette connexion à soi-même, on l’a tous au fond. On est juste un peu trop lobotomisés au point de plus s’en rappeler. Et je crois que c’est vraiment le seul truc dont on peut pas se sevrer. On croit qu’on l’est, sevré, complètement adapté, intégré. MAIS CA N’EST QU’ILLUSION ! On a besoin, de courir dans les forêts d’or et de lumière, de se partager les fruits mûrs de la vie ! La terre nous offre ses trésors, ses mystères. Le bonheur ici bas n’a pas de prix. On est tous fils des torrents et des rivières, la loutre et le héron sont nos amis. Et nous tournons tous ensemble au fil des jours, dans un cercle, une ronde à l’infini (ahem).

 

Finalement, tout ça, c’est un peu le topic de Matrix hein (bravo Erika, 16 ans après). Donc j’ai malgré moi avalé la pilule bleue. C’est dur, mais j’crois qu’c’est peut-être le premier pas d’une marche vers un monde meilleur.

Et, un dernier conseil : partez, surtout ne vous arrêtez pas de partir.

J’entends souvent que l’on s’expatrie parce qu’on fuit. Mais partir, c’est pas fuir. Parce que sinon, partout où on irait pour s’échapper d’une situation inconfortable, pour aller vers du plus confortable, on parlerait de fuite. Faire pipi, c’est fuir le mal-être de la vessie pleine ? Boire un jus d’orange, c’est fuir le manque de vitamine C ? Et trouver du taf bien payé, c’est fuir les problèmes d’argent ? Rompre, c’est fuir quelqu’un ? Prendre des médocs, c’est fuir la maladie ? Pourquoi rester dans une situation qui nous convient pas, sans raisons valables ? Pourquoi ? Parce que la vie n’est censée être que souffrance, comme disait ch’ais plus quelle religion ? Je crois que les gens qui pensent que partir c’est fuir, c’est ceux qui croient encore que s’expatrier correspond à des vacances perpétuelles à l’étranger. Je connais masse de gens qui ont eu des vies bien plus bâtardes à l’étranger que ce qu’ils n’avaient chez eux. Mais l’appel de la nouveauté, de la différence, de l’apprentissage voire du challenge peut-être (comme j’en parlais ), a juste été plus fort que tout. On part pas pour fuir, on part aussi pour mieux revenir. Un peu comme quand on prend de la distance après avoir accroché un tableau au mur pour voir s’il est penché, il est bien plus facile d’exister en ayant une vue d’ensemble.

En somme : bougez. Goûtez des nouvelles saveurs, sortez de votre zone de confort, écoutez du rap si vous êtes férus de classique, prenez des cours de Salsa si vous aimez pas danser, et allez voir ce qui s’passe ailleurs. Quoi qu’il arrive, ce sera bénéfique.

 

ps de conclusion : un article bien > Eteignez la télé, écoutez les arbres pousser. 

9 commentaires


  1. J ai bien ri ! et j ai un peu pleuré aussii !! merci pour ce bon moment

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  2. Oh Erika, tu me fais tellement de bien. J’ai aimé lire cet article. La voyageuse en moi s’est reconnue.
    Je t’embrasse de mon (très froid et lointain) Canada.

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  3. Whaouuuu quel talent ! J’adore te lire….!
    Tu m’as fait remonter 20ans en arrière avec notre jardin miniature à construire …et ça fait du bien de se remémorer ces souvenirs ….

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  4. Je m’expatrie moi même en PVT avec mon copain en Australie au mois se Juin pour un an. Mon chéri a tenu ABSOLUMENT à ce que je lise ton article et clairement il a bien fait. Tu mets concrètement des mots sur les raisons du départ, sur chaque sentiment. Ta description et ton argument est géniale. Le souffle coupée et l’excitation du départ encore bien plus présente.
    Je vais me permettre de partager ton article au maximum puisque si beaucoup de monde voyait la vie de cette façon, les bonheurs simples et les plus pures des valeurs … Comment dire qu’on aurait une population bien plus épanouie qu’étouffer par la société.
    Merci pour ton témoignage !

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    1. Toujours heureuse que ça parle ! J’me sens souvent trop seule dans mes ressentis, et c’est aussi pour ça que j’écris, pour voir si y’a pas des gens chez qui mes mots font tilt. Alors quelle belle satisfaction que de voir qu’on est toute une pléiade ! Si t’as besoin d’infos quelconques hésite surtout pas madame E. 😉 !

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  5. Excellent aperçu de ta vie. Très enrichissant, bien rigolant et en même temps tristement réel. J’ai totalement apprécier la lecture, j’ai voyager avec dans cette dernière, c’était extraordinaire …

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  6. Combien de fois j’ai eu envie, et c’est encore le cas aujourd’hui, de secouer les gens qui ont la tête dans le sac pour qu’ils réagissent. Hors secouer ne fait pas forcément partir le sac de mon expérience. Par contre cela peut les amener à l’enlever pour comprendre ce qui vient de les secouer (non mais c’est quoi ce b…..!). Ton article est une secousse méritée.

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