Quand j’étais gosse, j’avais peur des couloirs.

Vous vous êtes pas déjà dit, quand vous étiez petit, « vivement que j’grandisse au moins j’aurais plus peur de rien ! » ?

Moi si. Souvent.

couette

Quand j’étais mioche, j’avais peur d’un tas de choses : peur du premier jour de classe, peur d’avoir moins que la moyenne en histoire-géo, peur de mon chat quand il mettait les oreilles en arrière, peur du train fantôme à la foire, peur de faire des cauchemars, peur des araignées (celle-là elle squatte), peur des garçons, peur des pères Noël de supermarchés ou des types déguisés en Mickey à Disneyland, peur de plonger dans l’eau de trop haut, peur des requins quand j’avais pas pied… D’autres trucs ? Ouais des tas. Peur de trouver une seringue dans le bac à sable ou qu’on me force à fumer de la drogue (merci maman), peur d’adresser la parole aux vendeurs dans les magasins, peur d’être choisie en dernière pour l’équipe de basket du cours de sport du jeudi matin, peur de jouer à appeler les esprits avec les copains de peur que ça porte malheur, peur de pas avoir les pointes à la fin de l’année comme toutes mes copines de la danse classique, peur de la grosse voix de mon papy en colère, peur de manger un champignon venimeux, peur d’être dos à mon lit, de me retourner, et d’y voir attachée la vilaine moche possédée de l’Exorciste… Des peurs à à la con hein ?! Bah ouais.

Mais le pire, c’était de devoir traverser un couloir dont la lumière était éteinte ou PIRE, dont je devais éteindre la lumière en le quittant. Je croyais toujours entendre des pas de quelqu’un ou quelque chose qui me courrait après. Et je sortais la plupart du temps un cri tonitruant, entre peur et excitation, avant de sauter sur mon lit tel Zébulon, en espérant bien sûr que le monstre de dessous le lit n’ait pas le temps de choper l’une de mes chevilles en plein vol. Puis ouf ! Je me recouvrais entièrement de ma couette et là, plus rien ne pouvait m’arriver. La couette, c’était un bouclier, que dis-je LE bouclier anti monstres/fantômes/vampires/diables/espritsmaléfiques/sorcièrespustulées, une espèce de bunker de coton à l’aura de type supernova que rien ni personne ne pouvait ni traverser ni soulever, et qui bien entendu effaçait toute trace de ma présence, comme Harry Potter et sa cape d’invisibilité. Bon ça c’était jusqu’à ce que je vois un film dans lequel y’avait des Poltergeist qui arrachaient leur couette à des enfants et la faisait s’envoler à l’autre bout d’la pièce. Du coup j’me suis mise un brin à douter de l’invincibilité de ma carapace.

Mais, quoi qu’il arrive, je m’en rappelle, je me disais : « Pfffiou… Vivement que j’sois grande, au moins j’aurai plus toutes ces peurs pourries. Les adultes ont l’air si sereins ! »

Melbourne Australie,17 Décembre 2013, 19h03, enfoncée dans mon lit, 26 ans et demi, je suis une adulte.

Et « l’adulte » que je suis aujourd’hui répond à l’enfant que j’étais : « MON CUL. »

 

J’aurais plus toutes ces peurs ? Bah nooooooon tiens je les ai plus !

Non non, maintenant on a ce qu’on appelle des angoisses. Ça fait plus mature de dire angoisses, ça fait « peur réfléchie ». Sauf que ces angoisses de merde, elles sont UN CHOUÏA plus importantes que ces peurs pourries que j’avais gamine. J’aurais même dû en profiter, tiens ! De ces peurs en carton pâte ! Elles étaient presque récréatives ! Limite j’me demande si j’me les inventais pas pour ajouter un peu de piment à mon enfance trop douce !

Et les adultes, ces adultes que je pensais si sereins étant gamine, en fait, ils sont pas sereins du tout ! Non non ils sont :

1. Hypocrites (« c’est pour pas effrayer les enfants »)

2. Résignés (« on n’est jamais tranquille, donc autant être fataliste »)

Là, à l’heure où je vous parle, vous me verriez vous vous diriez : « Bah, ça va ! Elle a l’air tranquille comme meuf ! ».

Alors qu’on se mette tous d’accord : heureuse, oui. Pleine d’espoir, oui. De joie de vivre, oui. De sensibilité et d’émotions positives, oui. Mais tranquille ? Non pas vraiment non… Du moins pas souvent.

Et si je vous écris tout ça, c’est parce qu’aujourd’hui, j’avais un entretien, à 2:30pm précisément, dans un café, dans le but éventuel d’être engagée en tant que Barista. Vous savez les gens qui font du café comme s’ils avaient fait 8 ans d’études pour ça. LE métier à pas viser si t’as pas d’expé en fait. Oui mais moi j’suis têtue et con-con. Bref, ce truc m’a tellement rendue soucieuse, cet entretien pourri, que j’me suis dit « Mais bon sang ! C’est qu’un putain d’interview pour faire du café ! C’est pas la misère ! Tu rencontres le boss, tu souris, tu dis que t’es caféinoman et tout est bon !« . Néanmoins je n’arrivais absolument pas à me calmer.

Et, là où la vie aurait dû en théorie me sous-entendre :

« Regarde ! Ça n’était pas nécessaire d’avoir si peur ! Tu l’as eu ton job, tout va bien !« 

Eh bien, cette pute, elle m’a plutôt envoyé le message suivant :

« Tu penses que c’est dur là ? Vraiment ? LOPETTE ! Bah attend, on va rajouter du poids pour voir combien tu peux supporter !!! »

Aujourd’hui, jour qui devait être ordinaire, j’ai passé le plus affreux de tous les après-midis que j’ai passé ici depuis mon arrivée.  En quoi me direz-vous ? Petite rétrospective de cet après-midi pourri du cul :

– 2:00pm : je pars de chez moi à vélo. Selon Google Maps, 19min de trajet. Je mets 30 minutes. Note pour plus tard : Google Maps et moi, on n’a pas le même vélo.

– 2:30pm : au café, à l’heure. On me propose un café. je chille. Puis le boss arrive, sourire blanchi et regard d’autoroute, et me demande de lui préparer un latte, avec les dessins dans la mousse et tout.

– 3:00pm : je sors. Me suis fait tèj’. « On n’a pas le temps de te former« .

– 3:05 : sur un banc, 100m plus loin. Je me retiens de pleurer comme une gamine qu vient d’se taper un zéro.

– 3:10pm : toujours sur le banc, frottant lascivement l’écran de mon téléphone intelligent, je trouve une autre annonce de café qui cherche du personnel. A l’autre bout du quartier (l’Australie, c’est grand).

– 3:40pm : à mi-chemin, au bord du trottoir, prête à traverser, une voiture surgit.

– 3:41pm : par terre, le vélo par dessus moi, le coude égratigné, je me suis renversée comme un domino toute seule à moitié sur la route, parce que j’ai les jambes trop courtes par rapport à la grandeur de mon vélo pourri, et qu’y’avait un trou là où je cherchait appui avec mon pied.

– 3:42pm : je me relève. Debout, je traverse, j’me sens con, mais j’avance.

– 4:00pm : J’arrive au café qui cherche. « Bonjoooour ! C’est vous qui cherchiez quelqu’un ?? » — « Ha heu… Non ! Ah si oui oui mais en fait c’est bon on a déjà trouvé. » — Donc 2h après la publication de l’annonce. Faut être Usain Bolt ici pour trouver du taf.

– 4:10pm : déçue, mais contente d’avoir au moins perdu tant de calories en pédalant autant, je me rentre. Je pense même pas à remettre mon casque de vélo tellement je suis proche de chez moi.

– 4:15pm : feu rouge presque devant chez moi, j’attends pour passer. Tout à coup, sirène des flics qu retentit à côté d’moi, je sursaute et manque de retomber du vélo. Je regarde vers eux : le mec me mate, et me fait signe de mettre le casque. Con de casque. De merde.

– 4:16pm : J’ai remis mon casque. Je traverse la route, et fonce à la maison.

– 4:20pm : dans le lit, sous la couette (qui a finalement – constatons-le – toujours le même genre d’utilité), sanglots, semi crise d’asthme.

C’était mon après-midi. On applaudit. Merci, merci. J’ai quand même pas su faire un café au lait, et j’suis tombée d’mon vélo à l’arrêt. Pour avoir l’air niaiseuse, on peut difficilement faire mieux. (Sauf peut-être quand on a un gros morceau de persille placardé sur la dent de devant et que personne ne juge bon de nous le dire et ce tout au long du repas – ou quand on a une boule dans le pantalon parce qu’on a remis le même qu’hier et qu’on l’avait enlevé en même temps que la culotte – la dite boule – qui est restée dedans visiblement bien accrochée).

Tout ça pour dire 3 choses :

Premièrement : ça va bien mieux 4 heures après \o/ Et j’aime à tirer des leçons de vie de mes mésaventures de merde alors…

Deuxièmement : En fait, à tout âge, on a des considérations et des peurs qui peuvent sembler parfaitement dérisoires aux autres générations, plus vieilles ou plus jeunes. Enfants, on a peur de ce qui n’existe pas. Ado, on a peur du regard et du jugement des autres. Adultes, c’est juste la vie, et les tournures qu’elle prend qui font peur.  Et puis une fois vieux, on a peur de la mort, et de se faire oublier. Le fait est que quoi qu’il arrive, que ces angoisses ou peurs ou inquiétudes à la con soient justifiées ou pas, elles sont vécues et ressenties quoi qu’il arrive, et faut dealer avec (j'<3 les lapalissades).

Troisièmement : S’il faut prendre en considération ces barrières que l’on se fout, et se donner le droit de se plaindre un peu, j’pense qu’il faut aussi savoir se coupdepiedaucultiser. J’veux dire, peur, oui. Mais se servir de ça pour ne pas remonter sur le vélo (auto-dédicasse, sisi!) et se laisser aller, non.

 

J’pense qu’il faut accepter que quel que soit l’âge, on aura parfois besoin d’aller se foutre sous la couette et de pleurer comme un gosse (note à moi-même : m’auto-appliquer ce que je suis en train de dire). Mais quoi qu’il arrive, toujours, toujours en tirer du bon, et vaincre ces peurs de merde !…

… Pour que de nouvelles viennent les remplacer. Comme ça on apprend tout au long de la vie. Si c’est pas génial !

 

 

Et j’ai toujours peur des couloirs éteints. 26 ans, bonsoir.

 

 

 

 

3 commentaires


  1. Dans ma coloc j’ai un long couloir, je rentre souvent la dernière le soir, donc obliger d’éteindre les lumières jusqu’à ma chambre ou ma coloc dort déjà depuis un bail. je claque l’interrupteur et je cours comme ci quelqu’un me courrait derrière et je saute dans mon lit comme jamais j’ai su sauté. et la une fois dans le pénombre mon sleeping bag bien ajusté je souris à mon démon de l’enfance et je recouvre ma tête et mes oreilles(ui les araignés peuvent y entrer la nuit, j’l’ai lu sur la page facebook de « mourir moins con » ou un truc du genre). Garde toujours une part de l’enfant que tu étais comme un « en cas », parce que grandir c’est chiant et c’est souvent ramasser les morceaux. PS : et puis on les emmerdes les faiseurs de latte avec le coeur et tout le toutim. bonne nuit Mister T.

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    1. Merci, j’me sens moins seule à être hantée 😀 J’pense qu’il faut garder ces peurs à la con. Ca permet de se faire des frayeurs tout en sachant que les conséquences sont bégnines. C’est comme les films d’horreur. C’pour se faire peur sans conséquences. Et j’adore ça.

      D’ailleurs j’voulais aller voir Incidious 2, si jamais quelqu’un est intéressé 😀 (et s’il est tjs à l’affiche).

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  2. Moi j’ai peur de traverser un couloir c’est débile quand j’y pence mais au collège je ne peut quasiment pas en traverser un je ne sais pas pourquoi mais c’est comme sa . 🙂

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