Taylorisme médical et mépris des zézettes.

Oui vous vous demandez sûrement quel est le rapport entre le titre et la photo de cet article. Mais no spoil, il vous faudra lire plus loin pour savoir. Hinhiiiin !

Cette aprem, j’suis allée dans un cabinet de radiologie près de République, et je sais pas si c’est moi, mais j’ai pas mal été interpelée par l’attitude du personnel médical. J’éprouve donc le besoin de relater les faits parce que j’estime que certaines choses sont quand même pas normales des fois.

15h15, à l’heure (OUI!), j’arrive, je me présente, je suis dirigée en salle d’attente. J’ai juste une échographie pelvienne a faire, en contrôle pour être sûr que mon stérilet est toujours en place (comme ça vous savez toute ma vie). La routine quoi. J’attends. Les gens défilent.
On m’appelle. J’ai à peine passé la porte du sas (non encore refermée) qu’une jeune femme me demande de retirer pantalon et culotte, l’air impatient vu que je tarde à poser mes affaires dans lesquelles je suis empêtrée (fichu parapluie que j’avais pris pour rien!). A peine a-t-elle fini sa phrase qu’elle quitte la pièce en courant, alors je réalise ce qu’elle m’a demandé et je lui lance « culotte aussi !? ». Je pensais pas qu’une écho pelvienne incluait de devoir être cul nu. Je pensais qu’on me triturerait le bas ventre et that’s it. Mais soit. Être à poil je m’en tape, je me demande juste ce qu’on va me faire. Mais j’ai pas le temps d’attraper des précisions au vol, la jeune femme est déjà partie bien loin, répondant « oui! » à ma question en claquant vigoureusement la porte.
Je m’exécute donc, et timidement, appareil exposé au grand jour, et en espérer avoir bien compris, je vais m’allonger sur la table d’examen. J’entends alors le brouhaha de la salle d’attente comme si j’y étais encore, et je comprends que le cabinet dispose d’une seconde porte, porte située à 1m pile en face de la table sur laquelle je suis assise, et donnant sur l’accueil du centre d’examen. Je tire alors un peu mon pull pour cacher mon intimité en vain, au cas où quelqu’un rentrerait brusquement dans la salle sans savoir qu’une fille à poil y est tranquillement allongée.

Au bout de 10 minutes, une femme arrive, elle aussi l’air super pressée. Je lui dis bonjour, et pendant qu’elle pénètre dans le cabinet, en face de moi, qui suis toujours la zézette au vent, la porte est grande ouverte et je peux voir derrière elle les patients qui vont et viennent et même une femme qui s’achète un KitKat à la machine pas loin. Je souris, les yeux un peu écarquillés, et je murmure « Ah d’accord. C’est… Sympa comme agencement. Non mais ok ça va. » Elle me regarde alors le sourcil condescendant et me lance « Oui désolée je n’suis pas responsable de l’architecture du cabinet. » Je lui réponds que je sais bien,  que tout va bien, mais que « en revanche on m’a demandé de me mettre nue et que je n’ai pas pu savoir pourquoi. Ça n’est qu’une échographie pelvienne après tout. » Elle me dit « Oui. Par voie interne. » Je lui réponds « Ah OK. On m’avait pas du tout informée. » Et là, petite remarque guère utile de sa part : « Ah bah vous avez pas demandé non plus !!! ». Pas un sourire, pas un regard. Juste la bouche tordue et l’air gris.

Bon. Je souris, surprise. Je secoue la tête. Je prends du temps pour répondre calmement. Et je lui explique « C’est simplement qu’on va me rentrer quelque chose dans le vagin et que je n’étais absolument pas au courant c’est tout. Personne ne m’avait dit que c’était par l’intérieur. On me demande de me mettre nue et j’ai pas le temps de savoir ce qui se passe. »

Et là, la femme fait preuve d’une répartie incroyable et me répond d’un ton agacé : « Bon, vous avez déjà eu des rapports sexuels quand même non ?!! »

À côté de la plaque totale meuf. Déconnexion, incompréhension, rapport au corps biaisé, paumée, énervée, sûrement frustrée et mal baisée. Professionnalisme +200. Respect.

Ce que je déplorais, MEUF, c’était pas que tu m’enfiles un gros bout de plastique jonché d’un préservatif recouvert de deux litres de lubrifiant dans la foufounette en tortillant bien fort dans tous les coins, non. C’était simplement qu’on me fasse ça de façon complètement expéditive, sans me prévenir de la façon dont ça allait être fait, et de rentrer un truc loin dans mon corps en express comme si on checkait le liquide de refroidissement de ma voiture. Tout ça avec un ton de « bon bougez vous l’cul, écartez bien les cuisses on n’a pas qu’ça à foutre. » Et qui plus est derrière une porte non verrouillée donnant sur la salle d’attente blindée de monde.

Alors certes, notre système de santé en France est irréprochable (ou presque) et on a de la chance d’avoir « gratuitement » acces à des examens exhaustifs, internes et invasifs, mais bordel ça justifie pas de se faire traiter comme un steak à farcir (oui je sais on farcit pas les steaks). Où était l’humanité dans cet échange ? Alors au profit d’une productivité certaine, parce que y’a beaucoup de monde à traiter, on doit se séparer de la bienveillance ? Et laisser son corps et son intimité être traités comme un objet qu’on emmène à réparer au SAV ? On en est à un point où les examens médicaux sont tellement systématisés qu’on en arrive à désolidariser la partie du corps traité du reste du patient. Ma zézette était aujourd’hui une boîte à inspecter, et non plus la partie la plus intime, sensible, et plus profondément pénétrable de mon corps de femme de 29 ans.

Pas d’accord. Moi, Erika femme non pudique et libérée, qui prône l’usage de la coupe menstruelle, le sexe décomplexé et tout un tas d’autres usages pour être bien dans son corps, bah j’ai pas aimé qu’on m’enfourne violemment le vagin sans crier gare (quoi qu’elle aurait crié GARE!, ça m’aurait pas aidé non plus).

Bien heureusement, en sortant du cabinet de fourrage, et en allant m’installer dans la salle d’attente jusqu’à ce qu’on m’appelle pour le règlement (ça fera 100 euros l’intrusion et les réflexions à la con, bim merci au revoir), je me suis retrouvée, attention, assise en face de Gary Dourdan, à un mètre là devant (!!!!!!!!!!!!!!!). Mais siiiiii, c’est le BG métisse aux yeux clairs des Experts, personne peut l’oublier. Un brin, UN BRIN improbable comme lieu de rencontre on avouera. Et dire que j’étais à poil à 3 mètres de lui 5 minutes avant. Si j’avais su, j’aurais moins râlé d’avoir à enlever ma culotte. Non je blague je n’suis pas de ces femmes. Enfin si. Mais là non. Mais du coup ça m’a apaisé direct 😀 WHAT. THE FUCK. Que faisait-il là ? Je ne sais guère. Mais c’était un ange envoyé du ciel par le Dieu CBS Paramount Television afin de calmer mes ardeurs de femme rebelle. Merci Warrick. Merci de m’avoir aidé à encaisser ce presque viol par spéculum. Photo pour mémoire. De rien.

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Enfin bref.
Si j’ai été quelque peu touchée par cette situation, c’est aussi peut-être parce que j’y ai été sensibilisée en lisant cet article y’a quelques jours, qui parle notamment du fait que le corps des femmes à l’accouchement est clairement bafoué par souci de temps et par commodité, clairement au détriment de tout le reste. Je suis pas féministe, je suis encore moins remontée contre la genre masculine (cf. cet article de moué) et mieux, j’aurais préféré être un homme si on m’avait laissé le choix. Enfin… J’aimerais quand même connaitre l’accouchement. Bref j’aurais aimé être un homme qui accouche. ON S’EN FOUT ! Mais, mon dieu, le travail à la chaine dans le secteur de la santé, non quoi, mille fois non. C’est pas parce que le personnel médical apprend à se distancier de l’aspect affectif et sensuel du corps humain qu’il faut oublier que les patients n’ont pas ce recul là. On est déjà bien assez déconnectés de nos corps, n’allons pas en rajouter une couche.

Gary mon ami, je te dédie cet article <3

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